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La Webradio des DP3

Cette année en Découverte Professionnelle 3 heures, le « fil rouge » tourne autour de la webradio. Le projet, élargi à l’école faisant partie de notre Réseau d’Education Prioritaire, a été présenté au CARDIE d’Aix-Marseille, et reçu favorablement.

J’ai participé au MOOCdocTICE EMI (proposé par les documentalistes de Besançon en 2014) et, avec 4 documentalistes de différentes régions, nous avons travaillé en ligne à l’écriture d’un projet de webradio en classe en s’appuyant sur une veille nourrie au fur et à mesure de nos recherches. Nous avons proposé une séquence en particulier, « Enigmétiers« , que j’ai mise en œuvre à la rentrée 2015 avec les DP3.

Les professionnels de la radio : nos inspirateurs

Nous avons reçu un journaliste, une animatrice et un technicien de France Bleu Vaucluse dont les studios sont sur Avignon, pas loin du collège. Nous en avons retenu des méthodes d’interviews, d’écriture pour la radio, de rythmes dans une émission, d’astuces de montage. En conférence de rédaction, nous avons décidé des rubriques et de leur organisation, pour aboutir à un conducteur type pour nos émissions.

Notre webradio

Il était temps de donner un nom à notre production : Radio Dis-moi Tout était née ! L’émission des DP3 sera Dis-Moi les Métiers. Nous laissons le micro ouvert aux autres projets du collège – quand les collègues et les élèves seront prêts (on compte 40 projets pour cette année, dans notre établissement… certaines productions écrites sont visibles sur le site du collège). Micro ouvert également à l’école de rattachement Louis Pergaud.

Nous avons préparé quasiment en parallèle 3 émissions qui seront diffusées successivement, à partir de janvier (dès que les autorisations de diffusion des voix sont signées). Nous prévoyons ensuite la mise en ligne d’une émission Dis-Moi les Métiers toutes les 3 semaines, soit une dizaine pour cette année.

Notre matériel

  • Un ZOOM h4 (personnel) avec un pied et 4 cartes SD + un lecteur de cartes externe
  • 2 dictaphones numériques (et les smartphones des élèves si besoin)
  • 15 postes informatique en réseau avec un dossier partagé, Internet pour les recherches et Audacity pour le montage du son
  • un blog (WordPress) intégré à notre ENT
  • des cahiers pour prendre des notes

ZOOM-H4N

Les fiches de travail et d’aide

Qui fait quoi ?

Les élèves font quasiment tout… Ma collègue de lettres et moi (nous co-intervenons pendant les 3 heures) contactons les professionnels et prenons les rendez-vous. Nous donnons quelques conseils et avis, des coups de main techniques et programmons l’organisation globale des séances. Jusqu’à présent, j’anime la conférence de rédaction et je récupère les fichiers audio pour les transférer sur le dossier partagé (parce que j’endosse le quota de données – j’ai un compte illimité…)

Nous décidons ensemble de la répartition du travail et discutons des angles de vue à adopter pour chaque sujet. Quand nous avons besoin d’idées, pour les jingles par exemple, nous pratiquons la méthode du brainstorming – très efficace ! Le rôle de secrétaire est endossé par les volontaires, pas toujours les mêmes. On sent malgré tout des spécialisations qui se font naturellement : les uns sont plus à l’aise au montage, d’autres préfèrent chercher les sons, et certains sont toujours partants pour interviewer ou pour parler au micro. La rédaction des articles, passage incontournable pour tous, semble un mal nécessaire…

Les difficultés

Le démarrage est long, si on veut une émission construite. Mais personne ne s’est ennuyé en attendant la première diffusion. Cent fois sur le métier ils ont remis leur ouvrage, et on sent les progrès ! Bref, c’est bien quand on a du temps, quand même…

Le plus long et compliqué, pour le moment, c’est le dérushage des interviews : les élèves ne se projettent pas suffisamment pour obtenir rapidement les réponses qui vont leur être utiles. Voilà le problème de notre temps : la technologie d’aujourd’hui nous permet l’abondance et l’on s’y noie. La frugalité obligerait à aller à l’essentiel – mais l’exercice est ardu !

Plus…

Participant à une (in)formation sur les usages responsables du numérique, j’ai choisi d’entrer dans la problématique par le projet… que j’ai illustré avec la webradio. On entre dans le cadre de l’Education aux médias et à l’information et de la formation du citoyen et analyses critiques, respect d’autrui et de soi-même, liberté d’expression y ont la part belle.

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« La démocratie des crédules »

 Gérald Bronner  invité des matins de France culture le 7 mars 2013.

Connaissance et crédulité ne sont pas des vases communicants : la croissance de la connaissance n’entraîne pas la décroissance de la croyance.
Internet produit de l’information – vraie ou fausse – et favorise la croyance plus que la connaissance. C’est pour les indécis que c’est problématique : les croyants (de théories magiques voire farfelues – théories du complot) sont beaucoup plus prolixes parce que plus motivés – et convaincants – que les non-croyants qui n’ont pas consacré de temps à trouver des contre arguments.  « Tout ne peut pas être faux » est l’argument phare du croyant. Il est beaucoup plus difficile de prouver que quelque chose n’existe pas plutôt que quelque chose existe.
Le « biais de confirmation » pousse à creuser un sillon pré-établi selon ses convictions, et non à chercher la controverse qui nous enrichirait. Internet et ses moteurs de recherche confortent ce biais.
La porte de l’offre sur le marché des idées s’ouvre à tous ; elle n’est plus réservée à des spécialistes. Les outils participatifs permettent la mutualisation de la connaissance, mais aussi de l’erreur ! On observe une tendance à mettre sur le même pied d’égalité le citoyen et l’expert.
Les scientifiques n’ont plus le temps de revenir sur leurs hypothèses erronées. L’information se diffuse dans le public, et même si elle est démentie, le phénomène de rémanence peut la rendre dangereuse.
La temporalité de la science n’est pas celle du traitement médiatique. Le professionnel n’a plus le temps de vérifier ses informations.
Sagesse et déraison des foules.
L’offre s’indexe sur l’anticipation de la demande ; la tentation est forte, même pour les professionnels de l’information, de traiter le buzz.
« La concurrence sert le vrai, trop de concurrence le dessert. Les professionnels de l’information sont devenus les otages des fabricants de rumeurs. »
Voir le film de William Karel, « Opération lune », où Kubrik tourne le faux film des premiers pas sur la lune, commandé par la CIA (canular bien monté ; voir http://www.arte.tv/fr/accueil/recherche/385490.html ). Voir aussi http://paranomagazine.blogspot.fr , dont les articles sont parfois repris au premier degré pour servir des croyances déraisonnables.
L’exercice de l’esprit critique induit la mise en œuvre d’une démarche scientifique qui aboutit à la recherche de la « parcimonie conceptuelle ».
Cependant,  crédulité et bêtise ne sont pas liées : le niveau d’études n’est pas corrélé à la non crédulité !


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Comprendre les nouveaux cheminements de l’information

C’est le titre de la conférence donnée par Benoît Califano, directeur de l’Ecole Supérieure de Journalisme, ce matin à Avignon, lors du 11eme « mardi de l’ORME« . (Avec la participation du CLEMI – logo en image à la une).

Encore une fois, j’étais imprégnée de l’expérience du MOOC et je n’ai pas pu empêcher mes neurones de faire des liens … en l’occurrence, des comparaisons entre l’évolution du métier de journaliste et celui d’enseignant. Voilà, ça commence :

Il y a toujours quelqu’un sur les lieux des faits …

… avec un téléphone portable à la main : photos, vidéos, tweets. L’information factuelle est maintenant à la disposition de tous, plus rapidement qu’avec les agences de presse … et gratuitement ! De notre côté, nous trouvons tout le savoir sur nos écrans, nous rappelle Michel Serres (conférence pour les 40 ans de l’INRIA en 2007).

Mais ce pourvoyeur d’information est un « rapporteur de faits« , pas un journaliste. Le journaliste est le médiateur qui va hiérarchiser, valider, recouper, mettre en perspective, bref, permettre de donner du sens à l’information. Et le professeur a bien la même mission avec ses élèves : avant tout, donner du sens à ce que l’on raconte, sinon, rien ne passe !

Des difficultés à exister encore ? Pas un constat d’échec, mais un nouveau défi !

Tous journalistes ? Non, mais il peut y avoir co-production de l’information avec les journalistes, les experts et les citoyens. Citoyens d’ITyPA, n’avez-vous pas co-produit des ressources ? (Et ce faisant, acquis des compétences …)


L’investigation revient au centre du métier de journaliste : ce difficile travail d’enquête – qui peut se faire sur le long terme – sera celui qui va « payer » (en terme de reconnaissance professionnelle mais aussi de rémunération). Et puis innover, inventer de nouvelles formes de narration, suivre le mouvement numérique sans perdre de vue les fondamentaux du journalisme, c’est la seule façon d’évoluer (et ne pas se contenter du « print to web »). Enseigner serait « organiser des dispositifs » (Marcel Lebrun) permettant l’apprentissage. Et il faut s’emparer des outils à notre disposition, parce qu’ils font partie de l’environnement « naturel » d’aujourd’hui, pour repenser les dispositifs – et pas seulement mettre ses cours en ligne.

Il n’existe pas de modèle économique adapté au numérique.

Benoît soulève là le grave problème de l’extinction d’une grande partie de la presse et les inquiétudes de la profession. Cela m’a rappelé le post de Rémi Bachelet « Mooc et gratuité » sur le forum d’ITyPA en préparation à la réunion du 13 décembre …

L’ESJ-Pro propose à ses journalistes en alternance 8 tâches transversales :

  • l’extension du domaine de sources – rester connectés en permanence. Et nous, on devrait bien se mettre sérieusement à la veille, si on veut rester au fait de l’actualité de notre discipline et des pédagogies.
  • le fact-checking – vérification des chiffres et des faits cités par les politiques. J’ai vu lors de certaine conférence ITyPAienne des messages confirmant les sources, les auteurs, les titres d’ouvrages en super live tweet de la mort qui tue …
  • la vérification des contenus amateurs : remonter l’origine des retweets, vérifier l’intégrité des images ; ajouter aux 5W (le questionnement du journaliste : who, what, where, when, why) le 3C (vérification du contenu, du contexte, du code). Je fais un tir groupé sur ces 2 dernières « tâches », intégrées pour nous dans l’éducation aux médias – domaine transversal qui appartient à tous les professeurs – donc trop souvent à aucun ! A quand une vraie intégration dans les programmes de ces enseignements transversaux (la culture numérique subit le même sort), avec des heures fléchées ?
  • l’édition, la publication de vidéos (puisque la vidéo aujourd’hui supplante le texte). L’an prochain, on nous remet les formations aux TICE  et l’éducation aux médias pour les enseignants ?
  • l’engagement – être au milieu de son public pour échanger, modérer, compléter son information. A nous le suivi en ligne … Quand j’ai demandé quelle part du temps de travail était consacrée à cette activité, il m’a répondu « 1/3 » : voilà donc ce qu’il faudrait prévoir dans une FOAD ? A moins de préférer le modèle de « flipped classrooms » (voir encore Marcel Lebrun) ?
  • l’apprentissage des langues – ou plutôt des langages, qui permettent de communiquer efficacement avec les informaticiens. Le but est ici de maîtriser les données. Perspective passionnante de se plonger dans les « open data » et remonter la chaîne de la connaissance (extraire les données qui ont du sens pour en faire de l’information, puis manipuler ces informations pour qu’elles deviennent des connaissances).
  • la maîtrise de l’indexation : être trouvable sur le web sans que l’on vous cherche – donner des titres explicites, des mots-clés dans le chapeau … Et construire une leçon claire pour en faciliter l’entendement.
  • le personnal branding – la e-réputation. Peut-être valable pour un chercheur ?

En conclusion, on assiste à une révolution économique, technologique et démocratique (ah bon, c’est partout, alors ?), où les médias professionnels d’information souhaitent communiquer avec des citoyens éclairés et exigeants – et pas de simples consommateurs d’info, des citoyens qui participeraient intelligemment à l’information. Michel Serres nous l’a dit aussi dans sa conférence (citée plus haut) : « ces nouvelles technologies nous ont condamnés à devenir intelligents ! »